Par Delphine Petitjean, journaliste et rédactrice en chef du média numérique On a le choix, basé à Cornwall, en Ontario.

Ce texte a été préparé dans le cadre d’un partenariat entre Documentalistes Canada et On a le choix. Pour en savoir plus, consultez www.onalechoix.com et abonnez-vous à l’infolettre.
On m’a proposé de partager mes expériences quant à la couverture médiatique des conseils municipaux de ma région. Une occasion de se rappeler que dans un monde numérique saturé de contenus, il y a un vrai engagement à prendre pour s’informer et se forger l’esprit critique.
Média, contenus, information, presse, journalisme
Journaliste de formation, j’ai fondé il y a deux ans avec mon partenaire, issu de la télévision, un média numérique local professionnel. Nous avons comblé l’absence de presse francophone dans notre région depuis 2016. Dix ans plus tard, l’explosion des créateurs de contenus en tous genres rend parfois ardues la reconnaissance et l’adhésion aux sources fiables. Des extensions « TV » ou « FM » sans plus aucun lien avec les anciens canaux de diffusion classiques et utilisées à tout-va génèrent aussi davantage de confusion.
Il arrive même qu’on ne sache plus comment se nommer. J’ai compris par exemple que le mot « média » ne veut rien dire pour bien des jeunes, d’autant quand ils sont anglophones (média serait l’équivalent de social média, en quelque sorte). Donc, il vaut mieux se présenter à titre personnel, comme journaliste. Et il se passe parfois des choses auxquelles nous n’étions pas vraiment préparés à notre retour dans le monde journalistique.
Toute une époque et tout un pays
Les réunions du conseil municipal sont ouvertes au public, filmées et retransmises en ligne et tous les médias sont les bienvenus pour y assister. Aucune inscription ni notification préalable n’est requise.
A priori, c’est une bonne chose. Mais cette tolérance a une amplitude que je ne connaissais pas avant, provenant d’un pays où le journalisme est un métier protégé.
C’est ainsi qu’un jour, une réunion d’un conseil municipal a été couverte par une « télévision évènementielle » venue faire la promotion ciblée d’un des dossiers à l’ordre du jour. Dans le reportage diffusé par la suite, cette rencontre régulière comprenant divers points à l’agenda se transformait en « une réunion pilote » organisée en collaboration avec la Ville voisine au sujet du dossier en question. Un biais informationnel lorsque l’actualité politique devient évènementielle.
La présence fait la différence
A contrario, quand les citoyens et la presse sont dans la salle lors d’une réunion du conseil municipal, l’impact est réel. Je l’ai vu par exemple lorsqu’il a été question de voter une résolution contre le projet de loi 5 qui menaçait la préservation de l’habitat des espèces protégées en Ontario. La fébrilité était palpable. Quel que soit le dossier à délibérer, l’engagement citoyen peut faire pencher la balance.
Lors d’une autre rencontre, une mère de famille en situation d’itinérance s’est levée pour manifester ses difficultés. Comme c’était imprévu, on lui a demandé de se rassoir, mais elle a poursuivi. À un moment donné, la retransmission de la réunion a été interrompue. Un homme présent dans la salle a filmé l’intervention de cette femme. La vidéo diffusée largement sur les réseaux sociaux m’a permis de prendre connaissance de son cas, car je n’étais pas au conseil ce soir-là. Nous sommes allés l’interviewer et nous avons donné un droit de réponse à l’administration des services sociaux et de logement de la Ville. Notre reportage a fait grand bruit et en une semaine, la famille s’est vu offrir une solution d’hébergement.
Ma conclusion
La vigilance et l’engagement sont de mise. C’est une responsabilité collective. En 2026, la presse professionnelle a le défi de naviguer au milieu de tous les « médias » pour faire valoir la rigueur et l’éthique. Elle interroge, vérifie et contre-vérifie. Et il faut l’aider. Si on n’a pas le temps d’assister aux rencontres de son conseil municipal, mieux vaut s’abonner à son journal local.
Selon un sondage Nanos mené en 2025 pour le compte du Consortium des médias communautaires de langues officielles en situation minoritaire, le niveau de confiance des citoyens à l’égard de leur média communautaire local était bon. Néanmoins, de par leur proximité, ces organes de presse mériteraient encore plus de soutien.
Avec la presse locale, on choisit certainement le meilleur moyen de s’informer et de se forger un esprit critique adéquat sur les enjeux qui nous concernent immédiatement. Des initiatives comme Documentalistes Canada permettent aussi d’avoir recours à une source directe, transparente et validée. C’est essentiel pour la démocratie.